Olricht[/LEFT];519594]Chers juristes
Je n'y tiens plus, je dois vous alerter sur un problème qui frappe tous les justiciables mais qui n'intéresse pas les journaux:
Il me semble que depuis quelques mois, la Cour de cassation (chambres civiles), rejoignant tous les tribunaux et les cours d'appel, utilise systématiquement l'article 700, ce qui n'était pas le cas auparavant. Une grande majorité de ses arrêts se termine maintenant par l'allocation de 2.500 euros à la partie gagnante, au titre de l'article 700.
Or, il me semble que cette attitude se heurte à deux principes au moins: la gratuité de la justice (
paraît-il
) et l'équité (elle-même prévue par l'article 700).
Sur l'équité:
Il ne me semble pas équitable de condamner un particulier qui, même s'il a tort, a pu se tromper de bonne foi, à verser 2.500 euros à une grande entreprise qui compte en millions ou en milliards d'euros.
Si je fais un procès [à une grande entreprise ou une multinationale française], par exemple, et que je suis débouté alors que j'étais sûr de mon bon droit, est-il équitable de me condamner à leur payer 3.000 euros ou même 1.500 euros d'article 700 ?
Je rappelle que ces sommes, maniées assez facilement par les magistrats, représentent tout de même plus qu'un salaire moyen français. Et que payées par un particulier, elles s'imputent immédiatement sur le budget familial, sans faire l'objet de déductions de charges, comme le feraient les grandes entreprises citées si elles devaient payer l'article 700.
Cette attitude de "générosité" avec l'article 700 est d'autant plus contestable, me
semble-t-il
, que lorsque l'objet du procès est d'obtenir par exemple une somme de 500 ou de 800 euros (affaire
prud'homale
, petite affaire de consommateur, etc...) le justiciable devra batailler pour prouver son bon droit. Mais s'il s'agit de l'article 700, une somme trois fois supérieure lui tombera "du ciel".
Cette attitude est encore contestable parce que le montant de l'article 700 est manifestement lié à l'attitude aimable ou désagréable, abusive ou compréhensible du plaideur perdant. Or, que ce perdant soit odieux ou soit un saint ne change en rien les frais exposés par son adversaire, qui d'ailleurs n'est même pas astreint à en justifier !
Cette attitude est toujours contestable dans la mesure où le montant de l'article 700 accordé est fréquemment déterminé en fonction du montant de la demande. Alors que, là encore, cela n'a rien à voir.
Cette attitude est derechef contestable car elle varie aussi en fonction du tarif de l'avocat choisi. Un plaideur est libre de choisir un "obscur" avocat ou un avocat médiatique, et il n'est pas juste d'en faire pâtir son adversaire perdant.
Cette attitude est encore contestable parce qu'elle renforce de façon très importante "
l'alea
judiciaire" qui n'a déjà pas besoin de cela. La réaction du juge est suffisamment imprévisible en France pour qu'il n'ajoute pas un préjudice au plaideur qui se trompe. Car il ne faut pas oublier que l'aléa judiciaire, doublé d'un gros risque financier, restreint considérablement l'accès au droit, l'accès à la justice d'un plaideur, même certain de sa thèse. Le risque de ruine est trop grand si le juge rend une décision surprenante.
Sur la gratuité de la justice:
Lorsqu'on a lu ce qui précède, on a compris que l'article 700 est directement contraire au principe de gratuité de la justice dont on aime à nous parler fréquemment mais qui, je pense, doit être à ranger dans les vitrines de notre République, pour amuser les touristes et donner des leçons à la terre entière.
Je vous remercie pour votre patiente lecture...